TEXTS
22 juillet 2018

Je crée mes compositions dans l’atelier.
Comme au théatre, je mets en scène l’espace, j’assemble formes
et objets avant de projeter sur l’ensemble lumière et couleurs.
Vient ensuite le passage à la peinture. Je travaille toujours en série.
Je pense une peinture par rapport à une autre. Ou plutôt une peinture
est déclenchée par sa précédente. Entre chaque peinture il existe
une intervention. L’intervention est toujours de l’orde du mouvement.
Un déplacement. Circuler autour du sujet, dans le sujet, se rapprocher
ou s’éloigner. Autant de perspectives qui décrivent, qui racontent
la pluralité de la perception. L’intervention peut être le déplacement
du sujet représenté à partir du même point de vue. La caméra devient
fixe devant l’objet qui s’anime. Il peut s’agir d’une action progressive
comme une lumière qui s’éteint pour faire apparaître les formes autrement.
Cette intervention devient le véritable sujet de ma peinture,
celle qui conditionne le regard.
Par elle nous observons le monde, nous sélectionnons, nous définissons.
Nous en posons un regard figé. Ce n’est pas tant ce que je regarde qui m’intéresse
mais ce qui organise mes conditions de regard.
Comment un simple tasseau de bois devient un gratte-ciel devant un coucher
de soleil grâce à une projection de couleurs? Un drapé de près ressemble
à une dune de sable ou encore un mannequin en plastique se transforme
en automate par le simple fait de se déplacer autour?
Chercher, explorer, découper, capturer ce qui peut se passer entre l’existant et le perçu,
de l’oeil au regard.

Diane Benoit du Rey

 

 

 

Une portion de silhouette humaine endormie sur le côté
glisse sur des murs et des tuyaux,
se faufile,
nous échappera sans doute,
finalement.
Moins vraie qu’un fantôme,
c’est plutôt un songe, une idée abstraite.
Car ces pieds, jambes et fesses sont transparents, inconsistants;
et
alors qu’ils atteignent la partie la plus sombre du tableau,
ils arrêtent brusquement de raconter un corps.

Diane Benoit du Rey n’hésite pas à réduire les corps à des illusions, ainsi que David Lynch
dans le théâtre Silencio de Mulholland Drive. On trouve dans certains tableaux des bustes
solides de mannequins, dans d’autres des jambes souples à l’image de personnes réelles,
mais sans prolongement. Il nous revient d’imaginer, mais si c’est un rêve que l’on visite,
comment pourrait-on figer une fois pour toutes le moindre scénario? La peinture de Diane
est comme un puzzle dont les différents morceaux ne sont pas faits pour s’emboîter vraiment.

Juliette Lamarca
Galerie l’Oeuvre et l’atelier