Mon travail de peinture tourne autour des questions d’espace, de formes et de perception. Je vidéoprojette sur des espaces architecturaux des « motifs» tels que des corps, des végétaux, que j’utilise de manière récurrente dans mon travail. L’image projetée épouse l’espace, se déforme jusqu’à adopter une apparence quasi-abstraite. Je peins les photographies de cette rencontre.

Je compose des ensembles scénographiés qui tendent vers un équilibre formel. Les formes vivantes, mouvantes se confrontent aux contours géométriques. Je choisis mes sujets quand ils m’apparaissent à un point d’identification ambigu, incertain, et quand ils peuvent ouvrir à des champs d’interprétation différents. Mon processus de travail accentue ce glissement du réel vers un espace surréaliste. Mes scènes retiennent rapidement les tentatives du spectateur à se projeter dedans pour finalement l’éloigner du sujet représenté. Cette mise à distance est nécessaire dans mon travail. Elle renvoie le spectateur à s’interroger sur ses propres possibilités et limites de perception.

 

Diane Benoit du Rey

 

 

 

 

La peinture de Diane Benoît du Rey fonctionne par emboîtement de motifs – corporel, végétal, sculptural.

Des calques sont superposés les uns aux autres. Les mêmes sujets s’imbriquent telles des poupées russes. S’épousent et se déforment, dépourvus d’une quelconque fonction narrative, au gré des enchevêtrements vidéoprojetés qui se multiplient sur la toile.

Difficile à percevoir au premier abord. L’objet vu n’est que le résultat d’un processus dont il importe de remonter le fil. En associant non pas les éléments à l’intérieur de la composition mais les différentes strates accumulées sur ce plan. Presque invisibles, presque indicibles.

Peinture en relief, elle place le regardeur devant ses propres limites et l’oblige à prendre part à l’expérience. Dans la durée et non dans l’instant. Ou comment passer de l’optique au cérébral, de la surface peinte à l’image mentale, pour sortir de la fausse lumière et appréhender le monde dans une autre réalité, plus complexe. Ici, il devient (enfin) possible de réapprendre à voir en fermant les yeux.

 

Texte de Pierre Chaput

Directeur de l’Espace Django (Strasbourg)